Publiée le 22 Novembre 2013

Au Québec, les chantiers de construction recensent en moyenne 20 incidents par 200 000 heures de travail. Or, le projet AP60, phase I, du complexe Jonquière de Rio Tinto Alcan n'a déploré que 5 accidents... en 5 millions d'heures de travail.

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Un exploit rarissime qui relève essentiellement d'une gestion de projet exemplaire pour cette nouvelle usine.

Cette rigueur en matière de santé et de sécurité observée tout au long du chantier a justement permis au consortium SNC-Lavalin/Hatch de remporter le prix Projet de l'année PMI-Montréal lors du Gala Élixir, présenté à Montréal le 6 novembre. Un honneur qu'il partage ex æquo avec la Bibliothèque du Boisé, de l'arrondissement Saint-Laurent.

«Jamais je n'ai travaillé avec une équipe dont le degré d'anticipation est aussi élevé», reconnaît d'emblée Michel Charron, directeur de projet pour le client Rio Tinto Alcan.

Ce projet majeur de 1,1 milliard de dollars a débuté en 2007 et s'est terminé en décembre 2012. Il consistait à aménager 38 premières cuves d'électrolyse de type AP60 (alimentées à 600 kiloampères, une intensité de courant électrique inégalée à l'échelle mondiale). Ces nouvelles cuves produisent aujourd'hui 40 % plus d'aluminium tout en réduisant leurs émissions dans l'atmosphère.

La complexité de réalisation de ce projet d'envergure exigeait l'embauche d'une grande quantité de personnel provenant des secteurs de l'ingénierie et de la construction ainsi que des opérations. Plus de 70 % des 310 contrats liés au projet ont été attribués à des firmes du Saguenay-Lac-Saint-Jean. «Dès le départ, la santé, la sécurité et l'environnement ont été les éléments clés de ce projet qui a réuni près de 1 800 employés sur le chantier. Lorsque deux incidents sont survenus en moins de 72 heures à la fin de 2011, le consortium a eu le courage de tout arrêter pendant 10 heures pour revoir ses méthodes de gestion du chantier et sensibiliser davantage les travailleurs», rapporte Michel Charron.

Lors de cet arrêt, on a rencontré tous les travailleurs par petits groupes afin de réitérer le message du projet : «zéro incident par choix». Résultat : non seulement le projet AP60 a respecté son budget, mais il a été finalisé un mois à l'avance.

La culture du «zéro incident» a été élargie à tous les aspects du projet par la mise en place d'une approche axée sur l'ouverture, la collaboration et la gestion du risque à tous les échelons. «Avant même de procéder au premier coup de pelle, le consortium a pris deux ans pour élaborer le plan de travail du chantier. C'est une norme pour établir des plans de préfaisabilité et de faisabilité», précise André Noël, gestionnaire de l'exécution du projet pour SNC-Lavalin/Hatch. Des réunions hebdomadaires ont ensuite eu lieu tout au long des travaux afin d'évaluer et d'anticiper les divers risques potentiels, notamment des livraisons tardives d'équipements lourds.

Vitrine technologique

Compte tenu de la pureté du cuivre utilisé pour la fabrication des cuves, le consortium a prévu le coup pour les travaux de soudure qui exigeraient une technique particulière. «Un mois et demi avant le début de l'installation, nous avons formé des soudeurs pour qu'ils puissent maîtriser la technique avec ce cuivre pur à 99,9 %. Une technique que ces travailleurs peuvent désormais utiliser pour d'autres projets», dit Michel Charron.

André Noël est fier que l'équipe ait appliqué les principes de gestion de projet allégée (lean management), ce qui s'est traduit par moins de gaspillage en matière de temps et de matériel. En faisant respecter la propreté et le bon ordre sur le chantier, les risques liés à certaines opérations ont été grandement diminués (par exemple, en réduisant l'importance des charges passant au-dessus de la tête des travailleurs), précise l'ingénieur. Encore aujourd'hui, des règles visant à assurer la propreté et le bon ordre règnent dans le bâtiment.

Enfin, le projet AP60 n'a pas fini de faire parler de lui. «Il s'agit d'une vitrine technologique en matière de conception, de fabrication et de construction», rappelle Michel Charron, de Rio Tinto Alcan. En tant que lauréat, le projet AP60 accède également à la demi-finale du Project of the Year (POY), soit le concours international du Project Management Institute (PMI). Un concours où plusieurs projets primés par le PMI-Montréal ont régulièrement obtenu du succès au cours des dernières années.

Source : Les Affaires