Publiée le 03 Avril 2013

Un soir, en syntonisant Radio-Canada, André Gaumond est tombé sur un documentaire disant que le Nunavik était devenu un vrai dépotoir.

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En regardant la télévision, André Gaumond est tombé sur un documentaire disant que le Nunavik était devenu un vrai dépotoir. «J'ai mal dormi cette nuit-là», raconte le président de la société d'exploration Mines Virginia. [Photo : Rachel Côté]

La caméra montrait des barils de pétrole vides, des matelas en styromousse déchirés, des chauffe-eau rouillés, des batteries et autres débris métalliques. Ces déchets qui polluaient le paysage étaient les restes de sites abandonnés par des minières et propriétaires de camp de chasse.

«J'ai mal dormi cette nuit-là», raconte le président de la société d'exploration Mines Virginia. Le lendemain, il a téléphoné au sous-ministre associé aux Mines. Il fallait nettoyer ces sites abandonnés. André Gaumond allait approcher des minières pour une contribution financière. Le sous-ministre pouvait-il faire quelque chose de son côté ?

En 2007, le Fonds Restor-Action a vu le jour. Cinq ans plus tard, quatre conteneurs de déchets dangereux ont pris le chemin vers Montréal. Et une initiative semblable sera lancée à la Baie-James.

Restor-Action a remporté le prix e3 (Environmental Excellence in Exploration) au Canada en 2008. Et la réputation d'André Gaumond comme pionnier du développement durable dans le secteur minier s'est enrichie.

Manger du castor avec les autochtones

«Pour moi, l'apprentissage du développement durable a été naturel et graduel», explique M. Gaumond en entrevue. Ingénieur géologue au service de plusieurs minières, puis analyste financier, c'est en 1992 qu'il a réorganisé Les Mines d'or Virginia, dont il est devenu le président, à l'âge de 31 ans.

Quand il a commencé à prospecter la Baie-James, André Gaumond trouvait naturel de créer des liens avec les autochtones. «Ils avaient été brûlés par les expériences de leurs grands-parents. On a commencé par de petits gestes : on les rencontrait, on leur faisait des présentations sur nos activités, on leur expliquait les étapes, on leur montrait des échantillons [...] on mangeait du castor avec eux. Ensuite, on leur a offert des jobs».

Mines Virginia a été la première société d'exploration minière à signer des protocoles de communication avec les autochtones, qu'elle a embauchés en prospection, reboisement, décapage, techniques d'exploration, etc. La formidable découverte du gisement Éléonore - lequel doit devenir une mine d'or en 2014 - a contribué au développement des communautés cries de la région et leur a ouvert un nouveau débouché.

Mines Virginia est maintenant active dans plusieurs partenariats avec les autochtones, notamment le Fonds d'exploration minière du Nunavik.

Son approche est reconnue comme un «standard» pour les Cris, indique Rodney Hester, responsable du développement économique chez CREECO.

Natif de Montmagny, André Gaumond se décrit comme «un tripeux de nature, un maniaque de plein air». Il dit avoir passé son adolescence à dormir dans des tentes en été. En hiver, il lui arrivait d'aller faire du camping sur les glaces près du fleuve, au grand dam de sa mère. Dès l'âge de sept ans, il s'adonnait à la chasse à l'oie avec son père.

C'est pour cela, croit-il, qu'une affinité avec les communautés autochtones lui est venue naturellement, comme le désir de réduire au minimum son empreinte écologique en forêt.

Chez Mines Virginia, ce souci s'est traduit par plusieurs démarches. Après chaque décapage minier, l'entreprise reboise, si elle le peut. Elle travaille aussi avec l'Université du Québec à Chicoutimi à un logiciel de calcul des émissions de GES qui lui sera spécifique, signale M. Gaumond. Encore une fois, dit-il, «c'est une question de valeurs». Mines Virginia demande également à ses employés d'adhérer par écrit à trois codes de conduite : un en santé-sécurité, l'autre relativement aux communautés et l'autre en environnement. L'an dernier, elle a publié un bilan annuel séparé sur le développement durable. La prochaine étape consistera à privilégier des fournisseurs aussi soucieux de durabilité qu'elle.

Source : Les Affaires